La première fois que j'ai vu la Ring Road sur une carte, j'ai pensé que c'était une blague. Une route qui fait le tour complet d'une île grande comme un tiers de la France, et qui est censée être la colonne vertébrale d'un road trip ? Quand on arrive à Reykjavik, on réalise vite que la réalité est plus subtile. La route 1 existe, certes. Mais elle est ponctuée de tunnels à sens unique, de ponts à voie unique, de cols fermés une bonne partie de l'année, et d'une météo qui change d'humeur toutes les vingt minutes. J'ai passé plusieurs semaines sur cette île, réparties entre deux saisons, et je peux vous dire que l'itinéraire complet, celui qu'on trouve partout, cache des réalités dont personne ne parle.
Avant de parler de distances et d'étapes, posons une question qui fâche : combien de temps avez-vous vraiment ?
Points clés à retenir
- La Ring Road complète demande 12 à 14 jours minimum pour être vécue, pas subie.
- Le budget réel, tout compris, tourne autour de 150 à 200 € par jour et par personne, selon le véhicule et l'hébergement.
- La météo islandaise n'est pas un détail logistique : c'est le facteur n°1 d'échec d'un itinéraire. Prévoyez toujours une marge d'un jour.
- Les Westfjords et les Hautes Terres sont les vrais joyaux cachés, mais ils exigent du temps et des véhicules adaptés.
- Les réservations d'été se font au moins 3 à 4 mois à l'avance, surtout pour les camper-vans et les guesthouses hors des villes.
- Le carburant coûte cher : comptez sur une autonomie maximale de 400 km entre deux stations, et un coût au litre qui fait mal.
Un road trip en Islande, c'est combien de jours au minimum ?
La question qu'on me pose le plus souvent, et à laquelle je réponds rarement ce que les gens veulent entendre. Sept jours ? C'est possible, à condition de rester sur la côte sud et de ne pas viser le tour complet. Dix jours ? C'est le minimum vital pour un itinéraire qui fait le tour jusqu'à Akureyri et revient par l'intérieur des terres. Quatorze jours ? Là, on commence à respirer.
J'ai fait l'erreur de vouloir tout voir en dix jours lors de mon premier séjour. Résultat : des journées de six heures de conduite, des arrêts obligatoires réduits à vingt minutes chrono, et une fatigue qui a gâché les deux derniers jours. Depuis, je conseille une règle simple.
La règle des deux tiers
Ne programmez jamais plus des deux tiers de votre journée en temps de conduite. L'Islande n'est pas un pays où l'on « avale » des kilomètres. Entre les troupeaux de moutons qui traversent, les passages à gué non annoncés, les routes en gravier et les arrêts photo imprévus, un trajet de 200 km sur le papier peut facilement prendre quatre heures. J'ai mis cinq heures pour faire 180 km entre Höfn et Djúpivogur à cause d'une tempête de sable qui a réduit la visibilité à vingt mètres. C'est le genre de détails que les blogs ne mentionnent pas.
Voici ce que je recommande, selon votre temps disponible :
- 7 jours : la côte sud jusqu'à Jökulsárlón, avec retour direct par la même route. Comptez environ 1 200 km au total.
- 10 jours : côte sud jusqu'à Höfn, remontée vers le nord par la route 1 jusqu'à Akureyri, puis retour via le centre ou la côte ouest. Environ 2 000 km.
- 14 jours : le tour complet de la Ring Road, avec deux jours de marge pour les imprévus. Environ 3 200 km.
- 3 semaines ou plus : le tour complet plus les Westfjords, ou un détour vers les Hautes Terres si vous avez un 4x4.
Et là, vous vous dites peut-être : pourquoi les gens insistent autant sur la Ring Road ? Parce qu'elle concentre les sites les plus spectaculaires, c'est vrai. Mais elle est aussi devenue un circuit balisé où l'on croise les mêmes camper-vans à chaque arrêt. Mon meilleur souvenir d'Islande ne vient pas d'un site inscrit sur une carte, mais d'une cascade sans nom aperçue depuis un arrêt de bus déserteur, quelque part entre Seyðisfjörður et Egilsstaðir.
Itinéraire Islande 15 jours : le tour complet, étape par étape
Voici le plan que j'ai fini par adopter après deux tentatives, et qui m'a donné le meilleur équilibre entre découverte et repos. Il part du principe que vous commencez et finissez à Reykjavik, avec un véhicule récupéré dès l'arrivée.
Jours 1 à 3 : la côte sud classique
Le premier jour, sortez de Reykjavik tôt. La route vers le sud est l'une des plus spectaculaires d'Europe, et elle se mérite. Les trois premiers jours couvrent, dans l'ordre :
- Le Cercle d'Or (Þingvellir, Geysir, Gullfoss) le premier jour, avec nuit à Selfoss ou Hvolsvöllur.
- La cascade de Seljalandsfoss, puis Skógafoss, avec une randonnée optionnelle de deux heures derrière la deuxième cascade. Nuit à Vík.
- La plage de Reynisfjara (attention aux vagues, elles sont traîtresses), puis le glacier de Sólheimajökull et enfin la lagune de Jökulsárlón en fin de journée, quand les touristes commencent à partir.
Un conseil que j'aurais aimé recevoir plus tôt : à Jökulsárlón, le meilleur moment est après 17 heures, quand les bus de journée sont repartis. Vous aurez la plage de diamant presque pour vous seul.
Jours 4 à 6 : l'est et le nord
Le quatrième jour, vous longez la côte est jusqu'à Höfn, puis vous entamez les fjords de l'est. C'est sans doute la partie la plus sous-estimée de la Ring Road. Les fjords de l'est ne sont pas spectaculaires au sens où on l'entend à Skógafoss, mais ils ont une beauté brute, presque mélancolique. Prévoyez des arrêts à Seyðisfjörður, un village de pêcheurs qui semble suspendu au-dessus de l'eau, et à Egilsstaðir pour les provisions.
Le cinquième jour, la route 1 traverse un plateau désolé avant de plonger vers le lac Mývatn. Ce lac est une merveille géologique : des champs de lave, des pseudocratères, des sources d'eau chaude. J'y ai passé deux heures de plus que prévu, simplement à observer les oiseaux. Le sixième jour, direction Akureyri, la « capitale du nord », avec un détour par la cascade de Goðafoss. La ville mérite une nuit, ne serait-ce que pour le café et l'ambiance.
Jours 7 à 10 : l'ouest et le retour
À partir d'Akureyri, deux options s'offrent à vous. La première : continuer vers l'ouest le long de la côte, en passant par les fjords du nord-ouest (une région que la plupart des itinéraires zappent). La seconde : descendre directement via la route 1 vers Reykjavik, avec un arrêt à Hvammstangi pour voir les phoques.
J'ai fait les deux, et je dois dire que la première option, celle du détour côtier, est bien plus belle. Le problème ? Elle ajoute une journée entière. Si vous êtes à quatorze jours, prenez-la. Si vous êtes à dix, oubliez.
Les jours 8 et 9 sont consacrés à la péninsule de Snæfellsnes, souvent surnommée « l'Islande en miniature ». C'est un peu vrai : on y trouve des volcans, des falaises, des plages noires et un glacier. Le dixième jour, retour à Reykjavik par la route 1, avec un arrêt à Borgarnes pour visiter le centre d'exposition sur les sagas.
Road trip Islande 10 jours : le budget réel, poste par poste
Parlons argent, puisque c'est ce qui freine la plupart des projets. J'ai tenu un relevé précis lors de mon dernier séjour, et voici ce que ça donne pour un couple avec un van aménagé, hors vols internationaux.
| Poste de dépense | Coût estimé (par jour, à deux) | Commentaires |
|---|---|---|
| Location de van aménagé | 90 à 130 € | Le prix varie énormément selon la saison. En juillet, comptez le haut de la fourchette. |
| Carburant | 35 à 50 € | Environ 1,5 € par litre (et ça grimpe dans les zones reculées). |
| Campings | 25 à 35 € (par emplacement) | La plupart des campings offrent douches chaudes et cuisine commune. |
| Nourriture | 30 à 45 € | Les supermarchés Bonus et Krónan sont vos meilleurs alliés. Les restaurants sont hors de prix. |
| Activités | 10 à 50 € | La baignade dans les piscines géothermiques est abordable (10 €). Les excursions en bateau ou sur glacier, beaucoup moins. |
Verra-t-on une différence entre un voyage en van et un voyage en voiture avec hôtels ? Oui, et elle est significative. En van, j'ai dépensé environ 180 € par jour à deux. En voiture avec guesthouses, j'aurais facilement atteint 280 € par jour. La question n'est pas de savoir ce qui est mieux, mais ce qui correspond à votre façon de voyager. Le van offre une liberté totale, mais il exige une certaine rusticité, surtout sous la pluie.
Conduite hivernale et gestion des imprévus : ce que personne ne planifie
Si vous partez entre novembre et mars, la donne change radicalement. J'ai eu la chance de tester la Ring Road en février, et je peux vous dire que c'est une expérience à part entière, qui n'a rien à voir avec l'été.
Routes fermées et équipements obligatoires
En hiver, la Ring Road reste généralement ouverte, mais avec des conditions qui peuvent se dégrader en quelques heures. Les cols de montagne, comme celui d'Öxnadalsheiði au nord d'Akureyri, ferment régulièrement. Voici ce que j'ai appris à mes dépens :
- Consultez les prévisions sur road.is chaque matin avant de partir, et re-vérifiez en milieu de journée.
- Les pneus cloutés sont obligatoires, pas une option. Les loueurs les installent d'office, mais vérifiez que c'est bien le cas.
- Emportez toujours de l'eau, de la nourriture et une couverture dans le coffre. J'ai passé deux heures bloqué dans une file de voitures à cause d'une avalanche, sans pouvoir bouger.
- Les routes de montagne (F-roads, celles qui commencent par un F) sont fermées d'octobre à juin. Ne tentez rien, même avec un 4x4.
La gestion des imprévus, c'est aussi savoir renoncer. J'avais prévu de passer deux jours dans les Westfjords lors d'un séjour de septembre, et une tempête de vent a obligé à fermer le tunnel de Vaðlaheiðargöng. J'ai dû revoir mon itinéraire à la dernière minute. La leçon ? Gardez toujours une journée de marge à la fin, et ne planifiez pas d'hébergements non remboursables dans les zones isolées.
Westfjords et Hautes Terres : les alternatives qui valent le détour
La Ring Road est merveilleuse, mais elle n'est pas l'Islande entière. Les Westfjords, cette péninsule accidentée à l'extrême nord-ouest, sont un monde à part. Ici, les routes sont en gravier, les distances sont courtes sur la carte mais interminables en réalité, et la population est clairsemée. J'y ai vu les plus belles falaises d'oiseaux du pays, à Látrabjarg, et la plage de Rauðasandur, qui ressemble plus à un désert qu'à une plage.
Le problème des Westfjords, c'est le temps. Comptez quatre à cinq jours supplémentaires pour les explorer correctement, et un ferry qui relie Stykkishólmur à Brjánslækur (le passage est réservable à l'avance en été). Sans ces jours, vous passerez plus de temps à conduire qu'à marcher, et ce serait dommage.
Quant aux Hautes Terres, cette région volcanique au centre de l'île, elles ne sont accessibles qu'en 4x4 et uniquement de fin juin à début septembre. Les paysages y sont d'une aridité lunaire, avec des déserts d'obsidienne et des rivières glaciaires qu'on traverse en voiture. Ce n'est pas pour tout le monde, mais si vous avez les moyens et le temps, c'est une expérience que je qualifierais de fondatrice.
Réservations : quand anticiper pour ne pas tout rater
On me demande souvent : « Est-ce que je peux improviser sur place ? » La réponse courte : en été, non. En hiver, presque oui.
Entre juin et août, les camper-vans se louent des mois à l'avance. J'ai vu des voyageurs arriver sans réservation en juillet et devoir payer le double pour un véhicule de location qu'ils surnommaient « le cercueil » tellement il était petit. Les guesthouses dans les zones touristiques se remplissent aussi très vite. Voici mes recommandations, basées sur mes erreurs :
- Véhicule : réservez 4 à 6 mois à l'avance pour l'été. Pour l'hiver, 2 mois suffisent.
- Hébergements sur la Ring Road : réservez 3 mois à l'avance, surtout à Vík, Höfn et Mývatn.
- Ferry vers les Westfjords : réservez dès que votre itinéraire est confirmé. Les places partent vite, et les horaires changent selon les marées.
- Campings : les plus populaires peuvent refuser du monde en pleine saison, surtout près des sites majeurs.
En hiver, en revanche, vous pouvez vous permettre davantage de spontanéité. Hors des week-ends scolaires, la plupart des hébergements ont de la place, et il est possible de décider le matin même où dormir le soir. C'est d'ailleurs ce que je préfère dans cette saison : la liberté retrouvée.
Les trois erreurs que j'ai commises et que vous pouvez éviter
Je ne prétends pas avoir fait un voyage parfait. J'ai accumulé les erreurs, et je les partage pour que vous n'ayez pas à les refaire.
La première, c'est d'avoir sous-estimé la distance réelle entre les points d'intérêt. Sur une carte, 120 km semblent courts. En Islande, ces 120 km peuvent inclure une route de gravier où l'on ne dépasse pas 50 km/h, des arrêts pour les moutons, et un tunnel où il faut attendre que le feu passe au vert. Mon premier jour, je pensais arriver à Vík en trois heures. J'ai mis presque cinq.
La deuxième, c'est d'avoir négligé les supermarchés locaux. Les petites épiceries des villages isolés ont des prix qui font mal, et un choix réduit. Une fois que vous avez quitté la grande côte, il n'est pas toujours facile de trouver un Bonus. Faites des provisions à chaque grande ville, même si vous pensez n'avoir besoin de rien.
La troisième, c'est d'avoir voulu voir l'aurore boréale à tout prix. En septembre, j'ai passé quatre nuits à guetter, avec un ciel couvert chaque fois. C'est seulement la dernière nuit, quand j'avais abandonné l'idée, qu'elle est apparue. Leçon apprise : l'Islande ne se commande pas. Elle s'accueille.
Alors, quelle sera votre boucle ? Une course contre la montre autour de la Ring Road, ou un voyage qui laisse de la place à l'imprévu ? La route, elle, sera toujours là. La question, c'est ce que vous en ferez.